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Le rap sort enfin de ses sentiers battus et de ses
phrases toutes faites pour accoucher d’un album sincère
et authentique, qui fait vraiment mal au ventre. Constat
amer et bilan acide qui mettent à nu la spirale de la
violence et détruisent les mythes de l’argent facile.
Kery James (pour mémo, ex Ideal J), ancien agitateur
virulent, ose prendre le contre-pied du discours rap
et débarque avec ses textes ciselés à l’émeri qui prônent
la non-violence, appellent à la paix et refusent le
diktat rap/business. 12 titres puissants qui racontent
les erreurs passées (« je m’excuse auprès de ceux à
qui j’aurais pu faire du tort » // « je garde les traces
de mon passé, ces choses qu’on ne pourra plus jamais
effacer »), les regrets d’une jeune vie (« si c’était
à refaire, j’frais autrement »). Album ponctué par un
« 28 décembre 77 » qui retrace sa vie, sorte de film
autobiographique poignant et lucide.
Intéressant choix musical aussi avec un habillage
sonore dépouillé : absence d’instruments à cordes et
vent (respect personnel de Kery pour les interdits de
l’Islam, sa religion), pas de scratches, pas de beats
agressifs ; seuls xylophone et percussions rythment
ses phrases. Ici et là, quelques boucles. Mais la musicalité
de l’album naît de toutes ces voix mélodieuses (Roldan
d’Orishas, Salif Keita, Leila Rami, Kader, les Nubians)
qui entourent chacun de ses titres, véritable faire-valoir
pour retranscrire l’émotion. Kery pose sa voix, articule
lentement et balance des mots qui font mal. Ces mots
qui disent ce qu’il pense, ce qu’il voit. « T’es prévenu,
la rue n’offre que deux issues : la mort ou la prison.
En d’autres termes, quatre murs ou quatre planches ».
La tristesse suinte de ces textes souvent amers (« avec
mes rêves, c’est ma jeunesse qui s’est brisée »).
Un album surprenant et atypique dans le paysage hip
hop hexagonal. Incontournable.
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